Lorsque vous appuyez sur une touche de piano ou pincez une corde de guitare, vous pourriez croire entendre une seule note. Vous percevez un « Do central » ou un « La 440 », mais vos oreilles vous trompent ; elles synthétisent une réalité complexe en une sensation unique. Ce que vous entendez en réalité, c’est un accord riche et vibrant, composé de dizaines de fréquences superposées à l’infini. C’est la série harmonique.
En tant que scientifique et audiophile, j’ai toujours trouvé la série harmonique le plus beau point de rencontre entre la physique et l’art. C’est la gamme musicale naturelle, un phénomène qui régit tout, de la construction des accords à la sonorité unique d’un violon Stradivarius. Elle explique pourquoi une trompette sonne avec éclat et une flûte avec douceur, même lorsqu’elles jouent la même note. Comprendre cette série d’harmoniques est essentiel pour quiconque souhaite saisir véritablement les bases mathématiques de la musique.
Dans cette analyse, nous allons déconstruire l'onde composite complexe qui constitue une note de musique. Nous explorerons les rapports entiers qui ont fasciné Pythagore, définirons le rôle crucial de la fréquence fondamentale de vibration et révélerons comment ces nombres invisibles déterminent le timbre. Pour une vue d'ensemble des mécanismes sous-jacents, je recommande vivement de commencer par notre guide de référence, La physique du son : décrypter la science derrière ce que nous entendons, qui pose les bases des phénomènes acoustiques spécifiques que nous aborderons ici.
En bref : La série harmonique en un coup d’œil
Pour ceux qui souhaitent une synthèse rapide des concepts scientifiques avant d'approfondir le sujet, voici un résumé :
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Le concept : Une note de musique ne correspond pas à une seule fréquence, mais à la composition d'une fréquence fondamentale et d'une série de fréquences plus aiguës appelées harmoniques.
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La structure : Ces harmoniques apparaissent à intervalles mathématiques précis, basés sur des rapports entiers (2:1, 3:1, 4:1, etc.).
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La perception : Nous percevons généralement la hauteur de la fondamentale, mais le caractère ou timbre dépend de l'intensité des harmoniques.
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L'application : Cette série constitue la base de l'harmonie occidentale, de la conception des instruments et des techniques de synthèse sonore.
Anatomie d'une note : fréquences fondamentales et partielles
Pour comprendre la série harmonique, il faut d'abord examiner comment le son est physiquement produit. Imaginez une corde de guitare. Lorsqu'on la pince, elle vibre d'avant en arrière sur toute sa longueur. Cette vibration primaire produit la note la plus grave que l'on entend, appelée fréquence fondamentale (souvent notée f ou première harmonique).
Cependant, la corde ne vibre pas uniquement dans son ensemble. La physique est rarement aussi simple. Au même moment, la corde se divise en deux, vibrant en deux sections. Elle se divise également en tierces, quartes, quintes, etc. Ces vibrations simultanées produisent des fréquences plus élevées appelées partielles ou harmoniques.
La hiérarchie des vibrations
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Première harmonique (fondamentale) : La corde vibre en un arc complet. Cela détermine la hauteur du son, que nous appelons la note (par exemple, La à 110 Hz).
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Deuxième harmonique : La corde vibre en deux parties. La fréquence double (220 Hz).
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Troisième harmonique : La corde vibre en trois parties. La fréquence triple (330 Hz).
Il est essentiel de bien distinguer les termes employés, car ils prêtent souvent à confusion chez les étudiants en physique acoustique :
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Les harmoniques considèrent la fréquence fondamentale comme la fréquence n° 1.
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Les harmoniques supérieures considèrent la première fréquence au-dessus de la fondamentale comme la fréquence n° 1.
Par conséquent, la deuxième harmonique est la première harmonique supérieure. Par souci de clarté et de rigueur scientifique, j’utiliserai principalement le terme « harmoniques » dans ce texte.
Les fondements mathématiques de la musique : les rapports d'entiers
On dit souvent que la musique est « des mathématiques que l'on peut ressentir », et cela se manifeste particulièrement dans les rapports entiers de la série harmonique. La relation entre ces fréquences n'est pas aléatoire ; elle est parfaitement arithmétique. Si notre fréquence vibratoire fondamentale est de 100 Hz, la série se déroule par une simple multiplication :
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Fondamentale (1re harmonique) : 100 Hz (1 × f)
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2e harmonique : 200 Hz (2 × f) - Rapport 2:1
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3e harmonique : 300 Hz (3 × f) - Rapport 3:2 par rapport à l'harmonique précédente
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4e harmonique : 400 Hz (4 × f) - Rapport 4:3 par rapport à l'harmonique précédente
Le lien pythagoricien
Ces rapports sont à l'origine des intervalles musicaux que nous percevons comme « consonants » ou agréables. Le rapport le plus simple (2:1) crée une octave. Le suivant (3:2) crée une quinte juste. Plus on monte dans la série harmonique, plus les rapports se complexifient et plus les intervalles deviennent petits et dissonants.
Ceci constitue le fondement mathématique de la musique. Nos gammes occidentales — majeure, mineure, pentatonique — dérivent en grande partie des intervalles les plus forts, situés au début de la série harmonique. Nous avons essentiellement découvert la musique en écoutant la physique inhérente à la vibration d'une simple corde.
Représentation graphique de la série : un tableau de fréquences
Pour visualiser ce développement, prenons l'exemple d'un tableau basé sur un do grave (do2), dont la fréquence est d'environ 65,4 Hz. Ce tableau illustre comment la série d'harmoniques crée une gamme naturelle.
| Harmonique n° | Fréquence (approximative) | Nom de la note | Intervalle par rapport à la fondamentale | Déviation par rapport au tempérament égal |
| :--- | :--- | :--- | :--- | :--- |
| 1 | 65,4 Hz | Do2 | Unisson | 0 cent |
| 2 | 130,8 Hz | Do3 | Octave | 0 cent |
| 3 | 196,2 Hz | Sol3 | Quinte juste | +2 cents |
| 4 | 261,6 Hz | Do4 | 2 octaves | 0 cent |
| 5 | 327,0 Hz | Mi4 | Tierce majeure | -14 cents |
| 6 | 392,4 Hz | Sol4 | Quinte juste | +2 cents |
| 7 | 457,8 Hz | Si♭4 (environ) | Septième mineure | -31 cents |
| 8 | 523,2 Hz | Do5 | 3 octaves | 0 cent |
Remarque : La colonne « Écart » indique la différence entre les lois physiques de l’accordage et le système d’accordage moderne du piano (tempérament égal). Vous constaterez que la septième harmonique est nettement plus basse que dans notre accordage moderne ; il s’agit d’un domaine d’étude fascinant en psychoacoustique et en tempéraments historiques.
Timbre : L'empreinte sonique
Si tous les instruments produisent la même série harmonique, pourquoi la clarinette sonne-t-elle différemment du piano ? La réponse réside dans le timbre.
Bien que les fréquences des harmoniques soient théoriquement constantes (multiples de la fondamentale), l’amplitude (volume) de chaque harmonique varie considérablement d’un instrument à l’autre. C’est ce qu’on appelle l’enveloppe spectrale.
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Clarinette : Grâce à sa perce cylindrique et à la structure de son anche, la clarinette accentue les harmoniques impaires (1, 3, 5, 7) et atténue les paires. Cela lui confère un son « creux » ou « boisé ».
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Violon : Une corde frottée produit une onde en dents de scie riche en harmoniques paires et impaires, avec une énergie significative s’étendant très haut dans le spectre, ce qui donne un son « brillant » ou « éclatant ».
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Flûte : La flûte produit une onde très proche d’une sinusoïde pure. Elle possède une fondamentale puissante mais des harmoniques supérieures très faibles, créant un son « pur » ou « doux ».
Lorsque nous disons qu'un équipement audio ajoute de la « chaleur » (souvent une distorsion harmonique de second ordre) ou de l'« air » (harmoniques de haute fréquence), nous parlons essentiellement de la façon dont cet équipement modifie l'équilibre de la série harmonique.
Physique du monde réel : Inharmonicité
Dans le monde aseptisé de la physique théorique, les cordes sont infiniment fines et parfaitement flexibles. Dans la réalité, en revanche, elles sont soumises à une rigidité et une masse. Ceci engendre un phénomène appelé inharmonicité.
Les cordes épaisses et rigides (comme le mi grave d'une basse ou les cordes graves d'un piano) ne vibrent pas parfaitement. Leur rigidité les empêche de se plier, ce qui rend les fréquences des harmoniques supérieures légèrement plus aiguës que les multiples entiers idéaux.
Au lieu d'un rapport parfait de 2:1, le rapport de la seconde harmonique peut être de 2,002:1. Plus on monte dans la série, plus cet écart s'accroît. C'est pourquoi les accordeurs de piano utilisent l'accordage par étirement : ils accordent les octaves aiguës d'un piano légèrement plus haut pour correspondre aux harmoniques aiguës des cordes graves, assurant ainsi la consonance de l'instrument.
La série harmonique est bien plus qu'une simple liste de fréquences ; elle est l'essence même du son. Elle fait le lien entre la logique implacable des rapports entiers et l'expérience chaleureuse et émotionnelle de la musique. En comprenant la relation entre la fréquence vibratoire fondamentale et ses harmoniques, nous développons une profonde compréhension du timbre et des textures qui définissent notre paysage sonore.
Que vous soyez ingénieur du son cherchant à égaliser une voix, musicien analysant un accord ou audiophile en quête de la reproduction sonore la plus naturelle, les principes physiques restent les mêmes. Nous n'entendons pas seulement des notes ; nous percevons la résonance du monde physique.
Envie d'explorer plus en profondeur la propagation de ces ondes et leurs interactions avec votre environnement ? Consultez notre guide complet « La physique du son : décrypter la science derrière ce que nous entendons » pour en savoir plus sur les mécanismes de l'audio.







